Thiefaine - Strategie de l'inespoir

4221 caractères
Date de sortie : 
Nov 2014
Appréciation : 
5

Numéro 17 d’après le décompte de certains, je n'ai pas eu le courage de compter donc je les crois sur parole. Pourtant, je les ai tous, depuis un premier concert à Dôle en 1987 (gloups !). Cet album est le premier après la percée médiatique récente de HFT (il était temps) : en 2012, il gagnera la Victoire de la musique de l'album de chansons et celle de l'artiste interprète masculin de l'année. Quel double pour cet artiste si longtemps hors de la lumière. S'y ajoute un disque de platine pour "Suppléments de mensonges".

La question quand on a déjà donc déjà sorti 16 albums c'est : est-ce qu'on a encore des choses à dire ? Sait-on toujours proposer quelque chose de nouveau et reconnaissable sans tomber dans un cycle CD / tournée répétitif ? Thiéfaine évite le piège et depuis tous ce temps, au grè de collaborations et de voies explorées. Le renouvellement coté textes est plus compliqué tant sur le fond que sur la forme. Les victimes de "Karaganda" font penser à celles de "Demain les Kids" par exemple.

Dire que l'écriture de Thiefaine est noire est un lieux commun. On retrouve les blessures "On n’oublie jamais nos secrets d’enfant / On n’oublie jamais nos violents tourments / L’instituteur qui nous coursait / Sa blouse tachée de sang". Thiefaine évoquait son mal etre en revenant sur les lieux de sa scolarité difficile à Dôle. A voir sur le doc de F3 qui lui est consacré [1] (decoupé en 8 parties). Le titre "Mediocratie" est peut etre le plus noir et le plus cynique de l'album, au prix d'un rendu phonétique pas très élégant ("Mediocratie / Médiacrité") qui promet lors des concerts quelques belles boulette coté diction. Il risque de vite regretter :)

Après avoir fait bosser le petit dernier sur la batterie lors du concert (sur le "Homo Plebis ultimae tour"), il l'a carrément mis à la co-réalisation de cet album. Lucas a pris le pouvoir.et le résultat fait plaisir. Contrairement à des avis vus sur le net, je le trouve plus harmonieux et mélodieux que les dernières sorties. Ok, les titres ont toujours la même noirceur à l'image de certains textes et du graphisme de la pochette. On est loin du "Septembre rose" par exemple :) Par contre, c'est une remise de la voix au premier plan qui prend le dessus sur l'instrumentation. On a presque un piano / voix sur l'excellent mais triste "Toboggan" et une guitare / voix sur le testimonial "Père et fils", adapté d'un titre de Cat Stevens (Father & Son - 1970).

Inquiétante photo sur la pochette. La photo du condamné vivant ses dernières minutes.Une reprise visuelle des 2 derniers titres de l'album. Elle est assez proche sur la forme du dernier, photo noir et blanc dégageant une certaine souffrance. Une fois le blister retivé, on se retrouve avec un disque sans aucune inscription  sur la pochette, ni l'artiste ni le titre. Il faut se replier sur la tranche pour les trouver. Et encore, le titre est barré. En gros, HFT doit considérer qu'on sait qui c'est d'un simple coup d'oeil et il a bien raison sur ce point.

Un album qui mérite donc d'être sur le sommet de la pile des Thiefaine, cet artiste rare et exceptionnel. Pour ceux qui ne connaissent pas ou mal, commencer les révisions par les titres de référence, "Lorelei sebasto cha" [3] ou "Les Dingues et les Paumés" [2] dont la ligne de basse me met le frisson depuis 30 ans. Personnellement, je suis preneur des 17 albums suivants si ils sont dispos en pré-commande....

Pistes : 
01 En remontant le fleuve                      05:10
02 Angelus                                     03:19
03 Fenetre sur desert                          03:59
04 Strategie de linespoir                      03:01
05 Karaganda (camp 99)                         05:32
06 Mytilene island                             02:47
07 Resilience zero                             04:41
08 Lubies sentimentales                        03:48
09 Amour desaffecte                            04:13
10 Mediocratie                                 03:31
11 Retour a celingrad                          03:05
12 Toboggan                                    04:12
13 Pere et fils                                03:04

                             Durée totale : 00:50:27