La Grande Sophie - La place du fantome

4642 caractères
Date de sortie : 
Feb 2012
Appréciation : 
5

La Grande Sophie est excellente sur scène. C'est l'avis unanime de ceux qui l'ont vue en concert (j'en ai pas eu l'occasion malheureusement). C'est là où elle prend toute sa dimension. Les Victoire l'ont distinguée dans cette discipline, en 2005 déjà. Dommage de ne pas avoir partagé ces moments via un DVD ou un CD live. Pas mal d'artistes sont contre, estiment que ca ne retransmet jamais correctement le vécu d'un concert. C'est sûrement exact mais je serais preneur quand même. A contrario, elle a souvent dit que l'exercice de l'album studio était pour elle une épreuve, juste nécessaire à lancer une tournée de concerts.

Revenons au sujet : coté album studio, on en est au volume 6. Et chacun marque une grosse évolution, depuis les premiers très basiques, coté voix comme coté textes, pas très soignés ("Dans sa robe à poids / Elle prenait du poids"... euh ... comment dire ...). Tout reposait sur l'énergie. On est très loin de tout ca maintenant. La voix est de plus en plus affirmée, l'instrumentation plus riche et plus personnelle. On est dans la lignée du magnifique "Des vagues et des ruisseaux", réalisé par Edith Fambuena et sorti 3 ans auparavant. On est loin du concept « kitchen miousic » développé à ses débuts.

On est donc plus en face d'une gratte écrasant tout sur son passage. La Grande Sophie fait des escapades du coté de rythmes nouveaux ("Quand on parle de toi" ...) et libère de plus en plus sa voix, notamment sur le dernier titre de l'album, le très réussi "Suzanne" [1]. Comme si elle avait enfin pris confiance en sa voix et qu'elle prenait de plus en plus de bonheur en studio. Suzanne, personnage visiblement factice, est peut etre la personnalisation en dernière piste du fantôme, fil conducteur de l'album "Je sais, tu n'existes pas Suzanne / Pourtant je te parle, pourtant je te parle"

Autre signe de cette nouvelle liberté vocale, après un titre initial ("Bye bye") placé très haut dans les aigues, Sophie n'a pas peur d'attaquer le deuxième titre ("Peut-etre jamais" [3]) très bas par rapport à sa plage vocale habituelle. Le texte est au diapason, très soigné et allusif, chacun s'y projettera selon son vécu. C'est également le cas de "Suzanne" et d'autres, Sophie revendique ce flou qui permet à chacun de plaquer sa lecture et son imaginaire.

Les textes sont également de plus en plus soignés et plus personnels aussi au fur et à mesure des albums. Celui est quand même assez tourné vers le temps qui passe, la rupture, et meme la fin de vie "Sucrer les fraises" [4] ('gaffe de pas tomber dans la piscine avec la guitare branchée, ca serait balot). Heureusement ""Quand on parle de toi" est une respiration plus légère dans le texte comme la musique.

Quel est donc ce fantôme ? On le devine en second plan sur la pochette, il lui ressemble beaucoup mais regarde ailleurs, comme un double un peu inquiétant. Elle évoque lors des entretiens [2] un album issu d'introspections très personnelles, d'une recherche de présence qui est symbolisé par ce fantôme.

Ce disque a été en tous cas unanimement salué par tous les critiques, même les moins indulgents et "Suzanne" est cité de partout comme une référence.

Pas mieux.

 
Pistes : 
01 Bye bye etc                 03:41 
02 Peut-etre jamais            04:26 
03 Ne moublie pas              03:35 
04 Sucrer les fraises          03:09 
05 Dans ton royaume            02:57 
06 Ma radio                    05:36 
07 Tu fais ton age             03:15 
08 Quand on parle de toi       02:57 
09 Ecris-moi                   04:27 
10 Suzanne                     04:12 

             Durée totale : 00:38:20
Discographie : 
1997 La Grande Sophie s'agrandit Les Compagnons de la tête de mort
2001 Le Porte-bonheur Epic/Sony Music France
2003 Et si c'était moi AZ/Universal
2005 La Suite... AZ/Universal
2009 Des vagues et des ruisseaux Des vagues et des ruisseaux
2012 La Place du fantôme Polydor/Universal
2015 Nos histoires Nos histoires