Clarika - La tournure des choses

3338 caractères
Date de sortie : 
Apr 2014
Appréciation : 
4
Droit à l'essentiel pour ce sixième volume en vingt ans. C'est en quelques mots la manière dont Clarika elle même décrit ce nouvel album, plus direct dans la forme, dégagé de tout artifice qui brouillerait le message [1]. C'est peut etre le sens de la pochette, Clarika seule au milieu de pas grand chose. Il reste en tous cas dans cet album l'essentiel, une plume très fine, mélangeant humour, ironie et gravité, passant facilement de l'un à l'autre. Coté sourire, un titre punchy donnant la banane sous la forme d'une fausse nostalgie ("C'était mieux avant", excellent). Ou également "Robbie", lettre de fan à Robbie Williams. Un vrai clin d'oeil nostalgique par contre sur "J'veux des lettres" qui nous ramène à l'époque pas si lointaine où la communication se faisait un Bic à la main, sur une feuille de papier et en tirant la langue. Il y a un siècle donc.

Pour ceux qui se croiraient le centre du monde, Clarika nous calme d'entrée avec un manifeste qui nous replace à notre juste niveau dans un énergique "Oualou" [2]. Pour ceux ont gardé le moral, on enchaîne avec le plus noir, "Sumangali" qui raconte le quotidien de ceux qui fabriquent nos fringues de marques au bout du monde. Clarika explique qu'elle a volontairement fait (enfin, Florent Marchet) dessus une musique légère pour accentuer la portée du texte, sur le modèle du "Petit Train" des Rita Mitsouko (il y a de plus mauvais modèles). Grand moment d'auto dénigrement dans "Je suis bad" dans lequel elle ne s'épargne rien ("Je suis grave pourrie / Je suis pas finie / Venez m'achever au bazooka").

A noter un très joli "Et même si" (titre est sans refrain) qui décrit de manière tendre et maternelle son ( /un /tous) mec. Ok, soyons francs, on s'y reconnaît facilement. Sauf pour ce qui est d'échanger un "Petrus tombé du ciel" contre un Coca rondelle. Faut pas pousser non plus ! :). Tiens, Clarika est toujours intéressée par un passage dans la peau d'un mec ("Fais-moi mâle"). On le savait depuis le tout début et ses récits de vestiaires de gars. Mais c'est quoi cette fin sur "Je suis bad" en fade out ? On dirait mes manips sur les vieilles cassettes pour couper un titre artificiellement.

Le quotidien de la mère de famille ressort en fin d'album sur "Mais non mon chat" comme sur "Tout est sous contrôle", mélange réussi pour ce dernier de musique asiatique et de rythme militaire (si, c'est possible !). On pourra remarquer que la constructions des deux derniers titres ("Macon" et "Tout est sous contrôle") qui décrivent pour l'un le quotidien d'un VRP et pour le deuxième celui d'une mère de famille semble se répondre l'un l'autre même si la peinture du premier fait un peu froid dans le dos.

L'album a été réalisé par un cercle bien connu (Jean-Jacques Nyssen / Florent Marchet) déjà coupables des précédentes galettes. Un très beau disque.

Pistes : 
01 La tournure des choses                           02:40
02 Oualou                                           03:16
03 Sumangali                                        03:19
04 J'veux des lettres                               03:49
05 Je suis bad                                      03:36
06 Et même si                                       02:55
07 Fais-moi mâle                                    03:09
08 C'était mieux avant                              03:33
09 Mais non mon chat                                03:36
10 Robbie                                           04:34
11 Mâcon                                            05:19
12 Tout est sous contrôle                           03:57

                                  Durée totale : 00:43:47